L’histoire :
Après avoir retrouvé un dessin volé dans le cadre d’une enquête diligentée par l’Office central de lutte contre le trafic des biens culturels, le commissaire Antoine Marcas est chargé de restituer cet ancien butin nazi à son héritière légale, une vieille dame juive, originaire de Rennes-le-château et installée en Israël depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.
Suite aux assassinats de l’antiquaire receleur et des policiers chargés de sa protection, puis de l’héritière à Jérusalem, l’affaire se corse.
Il faut dire que cette esquisse préparatoire au Bergers d’Arcadie de Poussin n’est pas un dessin comme les autres. Il recèle un secret recherché par la secte deux fois millénaire des Judas brothers.
Sur les traces de leur maître spirituel (Judas en personne), les disciples de cette confrérie, dirigée de nos jours depuis New York par le président d’une puissante société américaine, se sont donnés pour mission d’accélérer la survenue de l’Apocalypse. Pour ce faire, ils doivent supprimer tous les messies qui se présentent sur terre (ces derniers étant reconnaissables au fait qu’ils naissent invariablement un 17 janvier).
Or, après notamment Jésus et Jeanne d’Arc (et bien d’autres qui mourront méconnus, car assassinés par des sbires de la société secrète avant d’avoir pu révéler au monde leurs prophétiques intentions), le dernier messager de Dieu doit être identifié grâce l’interprétation du sens de ce dessin. Interprétation qui mènera notre commissaire (accompagné de son ex et d’un couple de Judas brothers particulièrement retors) de Jérusalem à Rennes-le-château, fief de tous les mystères, dont celui que révèlera le décryptage d’un code sur le tombeau de Marie-Madeleine, situé dans une grotte à proximité du village à la réputation internationalement ésotérique.
Révélation qui, une fois Antoine Marcas débarrassé sans accros du couple de méchants Judas, nous guidera jusque dans un institut suisse chargé de veiller sur les messies de ce monde, du plus mythomane malade mental d’entre eux, à Gandhi, dont on apprendra qu’il y a fait un stage.
Le secret bien conservé dans les montages helvétiques, l’affaire est donc bouclée. Et le monde peut reprendre son cours normal, sous la férule d’un nouveau président des États-Unis afro-américain (et né un… 17 janvier).
Le contenu :
Si l’on s’entend pour définir le thriller comme un genre de récit dont le ressort narratif s’appuie sur la construction d’un suspense efficace, il faudrait commencer par dire que cet Apocalypse n’est pas, à proprement parler, un thriller. En effet, si nous retrouvons ici certaines des caractéristiques les plus artificielles du page-turner (chapitres courts alternant des intrigues parallèles convergeant vers une ultime scène d’action), on ne peut pas dire que le récit qui nous est livré ici soit tenu de bout en bout par une tension liée à une atmosphère ou à une mise en place d’un suspense de type psychologique, horrifique ou mystérieux. Il s’agit plutôt d’une enquête policière de type roman-énigme se concluant par un point culminant lié davantage à un emballement de l’action qu’à une tension narrative alimentant un insoutenable suspense. Et si la fin du roman évoque bien une forme d’apothéose à la Da Vinci code, force est de constater que la mécanique implacable mise en place par Dan Brown dès les premières lignes de son livre, distingue ce dernier de cet Apocalypse comme l’original de la copie (on pourra toujours émettre des critiques à l’encontre du roman de Dan Brown, il sera en revanche difficile de lui reprocher un manque de densité et de rythme).
Ici, la construction en alternance de chapitres très courts menant en parallèle plusieurs intrigues et époques, camoufle mal un défaut flagrant de choses à dire. Si bien qu’au bout d’une centaine de pages à peine, le dispositif perd de son efficacité, et le lecteur peut prendre conscience qu’il n’a en effet pas grand-chose à se mettre sous la dent, au niveau de l’action et des investigations de l’enquête proprement dite, comme des récits tordant (assez grossièrement et de manière souvent involontairement risible) les évènements historiques auxquels il est fait allusion (la crucifixion de jésus, le procès de Jeanne d’Arc, la décapitation de Louis XVI).
Le plus gros reproche qui peut être fait au livre reste cette incapacité à développer un imaginaire propre à évoquer du mystère. Les références sont là (secret millénaire, secte assassine, église camouflant un temple maçonnique, dessin codé, tombeau piégé, manuscrit sacré, menace d’apocalypse…), mais elles se multiplient sans parvenir à évoquer autre chose que des clichés sans épaisseur.
Le remaniement fictionnel de faits historiques, tordus au profit d’une intrigue poussive et des plus saugrenues, se fait de manière à tel point caricaturale (mais sans second degré manifeste) qu’on finit par songer qu’il aurait mieux valu éclairer le lecteur sur des évènements moins galvaudés et plus propices à l’expression originale de mystères inédits. Mais les auteurs semblent avoir préféré s’épargner cette tâche, au profit de références faciles à un imaginaire collectif traité sans subtilité ni profondeur. Les séquences d’époque, construites à l’aide d’ingrédients ne stimulant pas de plaisir lié au développement d’univers minutieusement reconstitués ou décrits en incitant l’intérêt et le goût pour l’Histoire et ses mythologies, évoquent un imaginaire au rabais utilisé pour servir une intrigue somme toute assez grotesque (les intentions apocalyptiques des Judas Brothers…) sans ajout de plus-value romanesque.
Cette manière de se référer à l’Histoire évoque ainsi davantage une forme d’exotisme et d’évasion bon marché (lié à différents lieux et époques : Paris aujourd’hui et lors de la révolution, Jérusalem de nos jours et il y a deux mille ans, New York de nos jours, Rouen à l’époque médiévale, Rennes-le-château aujourd’hui, la Suisse enfin) qu’un travail approfondi sur les périodes historiques et les univers abordés. Forme d’exotisme pseudo-divertissant qui nous renvoie moins à des littératures à l’imaginaire foisonnant, mystérieux ou inquiétant, qu’aux univers de James Bond, SAS ou Indiana Jones. Second degré en moins, à l’exception d’une pointe d’ironie du héros en toute fin d’histoire, comme pour excuser cette grotesque accumulation d’invraisemblable, atteignant un paroxysme intenable sans une dose, même à peine suggérée, de second degré : « - Nous avons eu en observation un certain Gandhi, que nous avons remis en circulation pour le plus grand bien de l’humanité. – Et le prochain, c’est qui ? demanda Antoine, goguenard. ».
Exsangue d’un second degré palpable qui aurait pu sauver ce produit commercial de l’ineptie la plus totale, et d’une densification de l’intrigue qui aurait pu atténuer cette impression générale de fadeur narrative, le récit s’enlise en remplissage (dialogues dénués d’intérêts entre le commissaire et ses collègues, son ex, et les autres personnages rencontrés pour les seuls besoins de l’intrigue ; descriptions insipides de lieux et d’époques trop brièvement esquissés pour inspirer des atmosphères fascinantes ; portraits de méchants dignes d’un Ian Fleming qui se serait pris au sérieux ; saupoudrage de références, notamment maçonniques, n’ajoutant rien au contenu de l’intrigue, mais donnant sans doute à percevoir que les auteurs se sont correctement documentés ; etc.) ; le tout artificiellement injecté pour faire durer une histoire qui se révèle, au fil des pages, de plus en plus simpliste – tout convergeant vers une ultime scène d’action et un dévoilement final tout aussi tiré par les cheveux (le tombeau piégé de Marie Madeleine et l’institut suisse, asile pour prophètes prétendants…).
Paresse imaginative, découpage en chapitres-rebonds et usage systématique de clichés tuant dans l’œuf tout développement possible d’un imaginaire romanesque motivant (ou clairement amusant), l’intrigue se retrouve aplatie dans le sens de la « référence à » plutôt que de l’invitation au mystère (et/ou au rire). L’écriture à deux mains accentue encore cette impression d’ensemble en donnant à percevoir, en filigrane, le fil d’un dialogue entre deux auteurs qui auraient été surpris en train de se proposer d’ajouter tel ou tel ingrédient, à tel ou tel moment de l’intrigue, et pour obtenir, sans trop d’efforts, tel ou tel résultat. Auteurs qui, chose plus grave, auraient également omis d’effacer les traces de cet assez grossier travail préparatoire devenu, en fin de compte, produit fini. À prendre (ou non ?) pour argent comptant, c’est la question qui demeure ; les auteurs, commercialement soucieux, sans doute, de ménager la chèvre et le chou, ne répondant pas clairement (entre absence d’ironie concrète, sérieux intenable et manque de densité de la formule) à cette question, ni dans le ton, ni dans les options adoptées par leur choix narratif : celui d’une recette pour produit de série ayant déjà fait ses preuves auprès d’un certain public (et connu également de bien meilleurs crus).
« La caméra avait zoomé sur le visage de Deparowitch dévoré d’un rictus de haine. Le mal à l’état pur. »
« Ne suis-je pas le Mahdi ? J’ai eu la révélation de Dieu lui-même. Je suis invincible. »
« Une irritation sourde monta en lui. Il se sentait déjà manipulé. »


