Philippe Cottet

Cela fait bientôt cinquante ans que je lis du roman criminel, avec Robert van Gulik en initiateur, dans la première édition de sa traduction du Dee Gong An parue au Club Français du Livre. J’avais huit ans et je dois à ce formidable écrivain mon intérêt pour cette littérature et la découverte d’une Asie qui est encore pour moi source d’émerveillements, d’étonnements, de réflexions et de profondes amitiés.

Le roman criminel, sous toutes ses formes, n’est qu’une partie de mes territoires de lecture, essentiellement dédiés à la fiction, aux essais et ouvrages philosophiques, politiques, sociologiques, anthropologiques, ainsi qu’à la poésie. De fait, j’ai réduit à une soixantaine par an ma consommation de nouveaux ouvrages dans le genre policier, mais je relis beaucoup d’auteurs pour les chroniques que je publie sur Le vent sombre. J’ai conscience d’avoir à l’égard de ces romans une exigence particulière, qui reste cependant plutôt acceptée et encouragée par les visiteurs de mes pages.

Je suis également passionné par le cinéma de genre – film noir et comédies musicales principalement – et je dévore les séries télévisées, notamment les adaptations de romans, dont Marina, ma chère et britannique d’adoption compagne, programme avec efficacité l’enregistrement sur son très sophistiqué matériel (je ne possède pas de téléviseur). Cela me permet d’analyser la façon dont est effectuée le passage entre écrit et écran, qui est un domaine d’étude particulièrement fécond. Enfin, rien de tout cela ne serait possible sans la musique, qui baigne ma vie même si je ne la pratique plus depuis longtemps. J’ai un goût prononcé pour la voix humaine et je privilégie maintenant l’opéra, classique et contemporain, les lieder de Wolf ou de Schubert comme les hymnes de Purcell, aux formes symphoniques et concertantes qui me passionnèrent plus jeune. Ayant grandi avec le rock et le jazz, j’écoute toujours volontiers ceux-ci, mais reconnait éprouver plus de difficultés à faire des découvertes dans ce qui est désormais publié.

Je n’ai jamais éprouvé la moindre envie d’écrire un livre (même si, de fait, j’ai écrit des ouvrages techniques qui se sont plutôt très bien vendus) et n’entre donc pas dans la catégorie des écrivains aigris dans laquelle on voudrait enfermer trop facilement les personnes qui participent au Défi. Je suis un simple lecteur, exigeant, pour qui chaque livre fait sens dans la façon d’aborder le monde et de rendre compte ou non de sa complexité, y compris quand il s’agit d’un ouvrage de divertissement. Je m’efforce de dégager, du chaos de mes cinquante années de lecture, des lignes directrices qui passent forcément par une discrimination (j’emploie le mot dans son sens premier, pas dans son acception triviale évidemment), toutes choses n’étant pas égales par ailleurs.

Je n’entretiens évidemment aucune espèce de relation avec les auteurs – seuls leurs écrits ont de l’importance à mes yeux –, je n’ai jamais mis les pieds dans un salon du livre et je ne suis bien sûr lié ni de près ni de loin avec le monde de l’édition. Enfin, à ceux et celles qui estiment que le niveau d’études a de l’importance pour légitimer la prise de parole, je leur confirme mon appartenance à cette catégorie des Bac+n et ma profonde certitude que cela ne préjuge en rien de la capacité à comprendre le monde et à en rendre compte.

Les chroniques du roman noir sur Le vent sombre