Le Louvetier, de Henri Loevenbruck

 

Royaume de Gallica en l’an de grâce 1154, un jeune garçon nommé Bohem, fils du louvetier local de Villiers-Passant, voit sa vie basculer le soir de la Saint Jean en sauvant des flammes un loup destiné au sacrifice du village. Quatre années plus tard, la légende du jeune garçon « louvetier » reste intacte dans tout le royaume et une longue fuite commence alors pour le jeune homme traqué qui est devenu un enjeu politique et religieux. Une fuite semée d’embûches et de rencontres inattendues afin de découvrir son incroyable destinée.

Premier volume d’une trilogie nommée Gallica Le louvetier de Henri Loevenbruck nous entraîne dans la France du Moyen-âge, ou plutôt dans une France imaginaire dans laquelle se mêlent villes réelles, contrées et forêts fantastiques, animaux mythiques et créatures mythologiques. Récit d’apprentissages par un jeune héros de 17 ans qui découvre son époque sur les routes de l’aventure entre obscurantisme religieux et mythes païens.

Tout de suite le récit nous emporte dans un espace temps plutôt plaisant, à l’ancienne, avec ses castels, ses bourgs, ses croyances et métiers oubliés, mais H. Lovenbruck fait le choix de faire intervenir assez rapidement autour du récit principal, un foisonnement d’histoires et ce jusqu’à l’écœurement. Alors que nous suivons avec intérêt l’aventure naissante de ce jeune Bohem, d’autres personnages avec leur univers viennent se greffer, ainsi  Livain VII, roi de Gallica, Pieter le vénérable, abbé de Cerly, conseiller manipulateur et homme d’église vieillissant, Helen de Quienne, première femme répudiée de Livain, Emmer Caspigeste, roi de Brittia deuxième mari d’Hélène de Quienne et roi de Brittia…. sans parler des nombreux camarades que Bohem va rencontrer sur son chemin et dans ses rêves : Trinité, Gautier, la Rochelle et Vivienne.

Si le livre se lit assez facilement au départ (et heureusement), les différents récits se croisent et s’entrecroisent avec l’apparition de ces trop nombreux personnages ayant chacun un rôle bien précis qui sera justifié ou non à la fin du récit. Le style s’enlise et le roman (nous n’en sommes qu’au premier quart) commence déjà à peser. L’intrigue devient vite un lieu commun où le décor n’arrive pas à nous faire oublier une aventure initiatique vécue mille fois avec les grandes espérances et questions de l’adolescence : la liberté, la famille, l’amitié et l’amour.

H. Lovenbruck possède tout de même un univers imaginaire qui aurait pu être intéressant : les Brumes, ces créatures sources d’une ancienne mythologie (Chimères, Licornes, Loups) icônes d’un moyen-âge fabuleux, si ce n’est les discours qu’il nous sert sur les gentils loups décimés par les méchants hommes, la foi dans les druides disparus et le poids de l’église dans cette éradication du rêve. Comme si l’imaginaire, cette part de rêve en nous, devait constamment retomber dans une réalité triste et sombre parce que l’homme est profondément mauvais. Seul quelques rares êtres élus, comme Bohem le louvetier, semblent capables de voir et de réfléchir sur la beauté et la magie du monde.

Un roman d’aventure qui rappelle de par sa construction qui s’articule autour du jeune homme solitaire, les codes ultra usités de la fantasy, avec la fuite du héros dans la contrée qui ignore les dangers de sa quête et de sa destinée, ses amis et ses ennemis toujours de l’autre côté de la page. Mais bien loin d’un génial Tolkien ce roman ne fonctionne pas, malgré les effets de poésies, les discours sur la brutalité et l’aveuglement des hommes, la nécessité de sauver les loups et donc nos rêves. La beauté selon H. Loevenbruck n’a pas de prise, ni dans le fond , ni dans la forme.

Peut-être sur des pré-adolescents sans aucune référence culturelle ou littéraire. Alors, peut être que oui la « fantasy » de H. Loevenbruck peut atteindre un certain public. Mais pour moi c’est trop tard.